J’étais assis chez moi, dans mon petit meublé miteux de Leavenworth Street, à San Francisco, en train de penser à tout ça, quand d’un seul coup la faim s’est mise à me tabasser le ventre, on aurait dit Joë Louis. Trois bons crochets du droit dans les tripes et j’ai pris la direction du réfrigérateur.
Grossière erreur.
J’ai regardé dedans et je me suis dépêché de fermer la porte en vitesse quand l’espèce de jungle luxuriante qui était à l’intérieur a essayé de s’échapper. Je ne sais pas comment les gens font pour vivre comme moi. Mon appartement est si sale qu’il n’y a pas longtemps j’ai remplacé toutes les ampoules de soixante-quinze watts par des ampoules de vingt-cinq pour ne plus être obligé de voir tout ça. C’était un luxe, bien sûr, mais je n’ai pas pu faire autrement. Heureusement que l’appartement n’a pas de fenêtres, parce qu’alors là j’aurais vraiment été dans la panade.

Richard Brautigan, Un privé à Babylone, 1942

Dans l’air immobile de la pièce chargé des odeurs des médicaments et des crèmes, je sentais le poids du temps qu’elle avait passé au lit à attendre et espérer la mort. Je ne suis pas sûr, avec une grand-mère telle que la mienne, qu’on puisse jamais devenir un vrai Américain au sens où les citoyens de cette nation croient que la vie consiste en la poursuite du bonheur. Les souffrances de Desdemona et son rejet de la vie enseignaient plutôt que la vieillesse n’était pas une continuation des plaisirs divers et variés de la jeunesse, mais au contraire une longue épreuve qui dépouillait lentement la vie de ses joies les plus simples. Chacun lutte contre le désespoir, mais il finit toujours par gagner. Il le faut. Sinon, comment aurions-nous le courage de partir ?

Jeffrey Eugenides, Middlesex, 2002

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Malgré cette peur de l’abandon toujours tapie au fond, je crois que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui, plus libre et avec quelques kilos en trop. Il paraît que ça se voit sur internet — la liberté, pas les kilos —, probablement moins dans la vraie vie. Je me demande si je serai un jour vraiment à l’aise en société, si un jour, avoir une interaction sociale deviendra moins épuisant pour moi. En attendant, je m’amuse de cette confiance nouvellement acquise sur internet, les seins à l’air mais cachée derrière mon écran.

Je voulais partager ici cette série de photos de moi réalisée par David Charlec en janvier dernier, et surtout les mots qui l’accompagnent. C’est fou comme quelqu’un que je rencontrais pour la première fois m’a mieux cernée en deux heures que d’autres en toute une vie ; et pour ça, je le remercie. 

3h40 de vélo
1h de pédalo
4 tranches de bacon
1 petite pause sur le pont de la Concorde

14 jours plus tôt, sur le mont Ventoux.

En juin #1

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En juin #2

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En mai

Place de la Concorde Honfleur Montrouge Honfleur Marion Palais de Tokyo Boulogne Paris Antoine Palais de Tokyo

Starring shoegazingcat & romv

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Les émotions, d’après mon expérience, ne sont pas recouvertes par de simples mots. Je ne crois pas en la “tristesse”, la “joie” ou le “regret”. Peut-être la meilleure preuve de la nature patriarcale du langage est le fait qu’il simplifie les sentiments. J’aimerais avoir à ma disposition des émotions hybrides compliquées, des constructions germaniques, comme par exemple “Le bonheur qui accompagne le désastre”. Ou : “La déception de coucher avec son fantasme”. J’aimerais montrer comment “La conscience de la mort suscitée par des parents vieillissants” est liée à “La haine des miroirs qui commence à l’âge mûr”.

Jeffrey Eugenides, Middlesex, 2002

Tribute to Austin

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En mars, pendant les dix jours que dure le festival SXSW, Austin voit sa population doubler et le moindre rade de Downtown est pris d’assaut par les journalistes en manque de networking et autres trentenaires barbus en quête d’alcool. S’il est difficile de s’y retrouver parmi les milliers de concerts, de projections et de conférences que comptent les programmes officiels et off, les restos de barbecue restent une valeur sûre - c’est l’avantage d’être au Texas. En s’éloignant un peu du centre, de la foule et des tatouages ratés, on retrouve d’ailleurs l’Amérique profonde comme on l’aime : santiags brodées, néons de mauvais goût, panneaux anti-avortement, fast-food douteux et plaques minéralogiques patriotiques. Ouf, on a presque cru qu’on était dans une ville branchée. 

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© Emeline Ancel-Pirouelle

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