Le jour même où Marie me proposa de l’accompagner au Japon, je compris qu’elle était prête à brûler nos dernières réserves amoureuses dans ce périple. N’eût-il pas été plus simple, si nous devions nous séparer, de profiter de ce voyage prévu de longue date pour prendre un peu de recul l’un envers l’autre ? Était-ce la meilleure solution de voyager ensemble, si c’était pour rompre ? Dans une certaine mesure, oui, car autant la proximité nous déchirait, autant l’éloignement nous aurait rapprochés. Nous étions en effet si fragiles et désorientés affectivement que l’absence de l’autre était sans doute la seule chose qui pût encore nous rapprocher, tandis que sa présence à nos côtés, au contraire, ne pouvait qu’accélérer le déchirement en cours et sceller notre rupture. En avait-elle conscience en me proposant de l’accompagner à Tokyo, et m’avait-elle invité sciemment pour rompre, je n’en sais rien, et je ne crois pas.

[…]

Nous continuions à avancer dans la foule, marchant d’un même pas, apparemment ensemble, les chaussettes en laine blanche assorties dans nos sandales avec leur identique et dérisoire liseré rouge et bleu à la cheville, mais chacun dans ses réflexions mauvaises et sa macération de l’incident. Nous ne disions rien — nous ne nous parlions plus. De temps à autre, furtivement, je la regardais. Peu importe qui était dans son tort, personne sans doute. Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus. Il y avait ceci, maintenant, dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire dans l’ensemble plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable.

[…]

Allongé sur le dos, je regardais le plafond, immobile, les pieds croisés sur le lit, les mains dans les poches de mon manteau. Je n’avais pas de perspectives. Qu’avais-je à faire ces jours-ci à Tokyo ? Rien. Rompre. Mais rompre, je commençais à m’en rendre compte, c’était plutôt un état qu’une action, un deuil qu’une agonie.

Jean-Philippe Toussaint, Faire l’amour, 2002

À H.

À 6 ans, j’ai pris des cours de danse car j’étais trop jeune pour commencer le solfège.

J’ai commencé la flûte traversière à 8 ans. J’ai arrêté à 15 ans et je n’y ai jamais retouché. Ma mère en joue toujours.

J’ai commencé la batterie à 21 ans et j’ai abandonné à 25. Je n’ai jamais joué dans un groupe.

J’ai fait du modelage pendant un an. Ça m’énervait que mon mec de l’époque me dise que je faisais de la “sculpture”.

J’ai toujours eu peur de monter à cheval.

C’est mon père qui m’a appris à jouer au tennis et à faire du ski. Ça ne s’est pas très bien passé.

J’ai longtemps fait du dessin et de la peinture. J’avais un prof qui donnait des cours académiques - je le détestais - et un autre qui nous encourageait quoi que l’on fasse. Je l’adorais. J’ai pris des cours du soir aux Beaux-Arts. On avait souvent pour modèle le même homme nu ; il était presque toujours soûl. Mon prof avait été impressionné quand, une fois, j’avais réussi à lui peindre une épaule jaune et un visage bleu.

J’ai été inscrite dans un labo photo pendant deux ans mais j’ai laissé tomber parce qu’il n’y avait que des personnes âgées.

Je ne sais pas pourquoi les mecs avec qui je sors ont systématiquement fait du judo.

L’année dernière, je courais 8 kilomètres tous les dimanches.

Je fais de la gym suédoise depuis quatre ans et je n’ai toujours pas abandonné.

Austin, Texas Austin, Texas

Chez Philip, à Austin.

Il est des gens qui ne font rien pour être aimés et qui le sont pourtant, et d’autres qui font tout pour être aimés et qui ne le seront jamais.

Stig Dagerman, Tuer un enfant, 1948

Écoutez Austin

Ce qui m’a frappée en premier à Austin, ce sont les oiseaux, les milliers d’oiseaux qui piaillent comme si leur vie en dépendait avant de s’envoler tous ensemble au point de presque couvrir toute la surface du ciel de leurs ailes noires. Parfois apaisants, parfois carrément inquiétants, les cris de ces oiseaux ont rythmé mon voyage. Alors avant de publier mes photos, j’avais envie de vous les faire écouter, ainsi que quelques autres sons que j’ai enregistrés tout au long de la semaine — la radio en espagnol, le chauffeur de taxi à l’accent texan et ses histoires de rodéo (j’ai cru jusqu’à la dernière seconde qu’il allait nous dire que son frère s’était tué), ou encore le camion de glace dont la mignonne ritournelle s’est révélée glaçante quand je me suis rendu compte, alors qu’il passait devant la maison, qu’il était conduit par un vieux couple de rednecks au look de dealers pédophiles. Peut-être que j’ai trop regardé True Detective.

Car l’essence douloureuse du manque ne réside pas dans la souffrance présente — le manque est indolore à l’échelle de l’instant —, mais dans la perspective de la souffrance, dans la richesse de l’avenir qu’on peut lui imaginer. Ce qui est insupportable, alors, dans le manque, c’est la durée, c’est l’horizon vide qu’il laisse ouvert devant soi, c’est de savoir qu’il demeurera aussi loin que l’on puisse imaginer. Quoi que l’on fasse, on est désormais confronté en permanence à un adversaire sur lequel nous n’avons aucune prise, car le manque, par nature, se dérobe au combat et le diffère à l’infini, nous empêchant à jamais de nous délivrer des tensions que nous accumulons en pure perte pour le vaincre.

Jean-Philippe Toussaint, La Télévision, 1997

Depuis presque deux ans, je poste des autoportraits dénudés à divers endroits sur internet. Depuis presque deux ans, et même si je ne me cache plus vraiment, je m’évertue à séparer cette activité de ce blog sur lequel j’utilise ma véritable identité — même si j’avais un peu évoqué le sujet ici.

Quand j’ai commencé à poster ce genre de photos, je n’aurais jamais imaginé en arriver là aujourd’hui — , c’est-à-dire poser pour des photographes ou pour des marques de lingerie. Oh non, je ne pensais certainement pas devenir modèle à 27 ans, mais je suis très heureuse que ça m’arrive à l’âge où j’ai enfin un rapport sain avec mon corps.

L’effet pervers de tout ça, c’est que je me rends compte que, si cela ne me pose plus aucun problème de me balader nue sous les yeux d’à peu près n’importe qui, j’ai toujours autant de mal à me confier : parler de moi me met mille fois plus mal à l’aise que de me déshabiller devant un·e inconnu·e.

Alors en guise de premier pas, je vais essayer d’arrêter de séparer les différentes parties de moi-même et laisser, pour ceux qui n’en auraient encore aucune idée, le lien de mon autre tumblr ici. Je me sens déjà un peu soulagée.

Cette série de photos censurées est largement inspirée copiée de cette image trouvée sur tumblr.

Un jour j’irai à Vesoul avec toi

image

Ma passion pour les guides de voyage alternatifs devient telle que je pourrais partir en vacances à Dunkerque si vous m’en trouviez un cool.

image

Berlin Inspiries N°2. Je ne m’en suis encore jamais servi mais je compte bien aller faire un tour à Berlin aux beaux jours.
Lomography City Guide Berlin. Celui grâce auquel j’ai passé les meilleures vacances de ma vie, sans aucun doute. Je l’ai prêté à des amis qui ont laissé des petits mots dedans et ça contribue aussi à en faire mon guide préféré de tous les temps.
DIY Berlin - Be Your Own Damn Tour-Guide. Trouvé au Berlin Zinefest en octobre dernier et qui s’est finalement révélé difficilement lisible. C’est génial de faire des fanzines à la main les mecs, mais pas si vous écrivez comme des porcs.

image

Hello Kitty’s Guide to Japan in English and Japanese. Je l’avais abandonné à la librairie de l’aéroport d’Osaka alors que j’étais sur le point de rentrer à Paris, et amèrement regretté quand j’avais découvert qu’il était introuvable sur internet (à l’époque du moins). J’ai finalement remis la main dessus cet été dans le quartier japonais de San Francisco.
City of Maps: Navigations in Paris, France. Le vendeur de chez Lowell à Portland était tellement gentil que je devais acheter quelque chose. Mon choix s’est porté sur ce minuscule guide, bien qu’il recommande d’aller chez Colette.

image

The Zinester’s Guide to Portland. J’en avais parlé ici.
PDX by Bike. Je n’ai finalement pas du tout fait de vélo à Portland mais j’espère qu’il y aura une prochaine fois.

image

I Heart N°1 - Austin, Texas. Je pars à Austin vendredi pour SXSW et il s’agit du seul “guide” un peu cool qu’on a su me recommander. Les Austinites ont l’air très protecteur envers leur ville, ce que je comprends tout en trouvant ça très désagréable.
Insider’s Guide to Austin. Il a l’air un peu nul, en fait.

image

Le guide du stationnement - Parkings de Paris. J’ai failli l’acheter samedi devant le Père Lachaise avant de me souvenir que je n’avais pas le permis. Mais est-ce une raison suffisante pour se priver de visiter des parkings ?

Si vous connaissez d’autres guides rigolos sur des villes improbables, écrivez-moi ici : contact [at] emelineancelpirouelle [point] com.

PS : Je vous explique ici comment fabriquer votre guide de voyage gratos.

Des choses en ordre dans le désordre

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

image

Je crois que je deviens vraiment maniaque.

Retrouvez plus de photos de choses bien rangées sur mon Instagram.